• Je répondrai en trois points. La supervision du vécu professionnel est sous-tendue par une triangulaire qui se présente de la façon suivante : Premièrement, la mise en place d’un dispositif spécifique qui implique des réunions régulières. Deuxièmement, une méthodologie et un mode relationnel qui favorisent l’échange, la réflexion, la prise de conscience de ce qui se véhicule dans la relation « professionnel-client ». Et troisièmement, l’objectif est d’améliorer la pratique professionnelle, de soutenir un espace d’ouverture, de questionnements, de remise en cause des habitudes, d’évolution des compétences et de prévenir les dérives toujours possibles lorsque le praticien travaille de façon isolée. C’est toujours préoccupant lorsque les gestes, les protocoles, les valeurs et la légitimité ne sont plus interrogés.

    Ce que le praticien fait et dont il ne parle pas, par absence de lieux appropriés ou par défaut d’interlocuteurs compétents. De ce qu’il désire faire mais qu’il ne parvient pas à mettre en place. Cela touche alors le domaine des méconnaissances, des répétitions, ou simplement la conséquence d’une question mal posée. Il sera par exemple, évoqué ce qui « l’encombre, ce qui l’empêche, ce qui limite » sa démarche. Et le plus fréquent, ce qui est fait mais dont le praticien n’a pas conscience. Il est question alors d’un manque de discernement, de questionnement ou affaire d’habitudes et de facilités. Et ce sont les écarts grandissants avec l’efficacité, le positionnement, le professionnalisme qui sont alors pointés.

    Ni contrôle, ni examen ! Il s’agit d’engager et de soutenir un questionnement mené par le praticien lui-même afin qu’il puisse poursuivre la construction de son expérience à partir de son vécu et des compréhensions de celui-ci. La supervision est un « espace organisé » pour entendre et accueillir le vécu des praticiens. C’est aussi un dispositif qui rend possible la recherche de compréhension des raisons d’un dysfonctionnement, d’une contre-attitude, d’un transfert ou d’un contre-transfert. C’est un lieu de réflexion et d’élaboration de nouvelles perspectives afin de surmonter un vécu inhibant. 

    Oui et elle devrait faire partie d’un parcours de formation et post-formation. Il ne s’agit pas de décrypter et de verbaliser un vécu professionnel. Aussi intéressante soit-elle, cette démarche serait limitée dans ses effets si l’objectif de compréhension de ce qui s’est passé dans une séance, échangé ou confronté avec un client par exemple, n’amenait pas une prise de conscience avec pour conséquence, une modification dans l’action et la pratique. Il est question de devenir « auteur de ses pratiques ». L’autonomie, la responsabilisation, l’éthique, l’élaboration d’une relation adulte-adulte avec le client, inscrit le praticien dans une dynamique d’activités et d’actions pédagogiques. La professionnalisation ne peut se passer d’une compréhension de la pratique au fur et à mesure que celle-ci s’exprime et se vit. C’est un état d’esprit,

    « un état d’être » qui s’acquiert et qui œuvre sur ce qui est de l’ordre du modifiable et de l’évolutif. Plus tôt dans la formation cette dynamique est proposée, mieux elle s’installe au cœur de l’identité même du praticien. Cette pratique réflexive améliore l’acte professionnel. La qualité de la relation établie avec le bénéficiaire des prestations assure une cohérence entre formation, pratique professionnelle et éthique.

    En effet, la supervision du vécu professionnel participe progressivement à la construction identitaire des praticiens, à l’appropriation des process liés à la relation d’accompagnement, à l’étayage relationnel nécessaire dans le lien à l’autre. Elle favorise l’épanouissement personnel au sein même de l’activité professionnelle. Le superviseur accompagne le supervisé dans sa réflexion afin qu’il explore et analyse au mieux son expérience et qu’il en tire le meilleur profit, sachant que le premier bénéficiaire de cette démarche est le client.  Outre la demande « de formation continue sur-mesure » à laquelle la supervision peut prétendre, elle consolide une confiance, une estime de soi de qualité. 

    A la fin d’une formation, certains stagiaires sont encore hésitants, ne s’identifiant pas comme des professionnels. La difficulté à se positionner engendre alors bien des hésitations, des doutes, des maladresses et des découragements.

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